Apprendre dans les labos créatifs : en route vers de nouvelles compétences essentielles?


L’équipe du Réseau de partenaires CompéTI.CA (Compétences en TIC en Atlantique) suit, depuis 2016, l’implantation de laboratoires créatifs dans plusieurs écoles du Nouveau-Brunswick. Depuis les dernières années, le Canada fait partie du mouvement STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Mais quelle forme doit prendre ce mouvement dans les écoles? Comment s’inscrit-il dans le régime pédagogique M-12? Quels sont les compétences visées? Qu’apprennent les élèves et comment l’apprennent-ils? Ces questions attirent aujourd’hui l’intérêt de chercheurs et de praticiens qui voient le potentiel d’introduire des pratiques innovantes qui comprennent, entre autres, les activités de robotique et de codage (programmation).

Dans les labos créatifs, les jeunes sont engagés et travaillent sur divers projets qui touchent leurs champs d’intérêt avec l’aide de leurs pairs, des experts de Labos Créatifs, et des technologies de pointe (Brilliant Labs, 2016). Les élèves travaillent donc avec différents matériels pour les adapter à de nouveaux contextes et de nouvelles tâches. Par exemple, dans une école, des élèves ont recyclé des guidons de vélo pour les adapter à l’hivers en décidant de créer des guidons chauffants.

Selon Sheridan, Halverson, Litts, Brahms et Jacobs-Priebe (2014), les labos créatifs permettent le développement de l’autonomie, de la collaboration et de la créativité chez les jeunes tout en leur permettant de devenir des apprenants actifs. Peppler, Maltese, Keune, Chang et Regalla (2015), de leur côté, disent que les laboratoires créatifs permettent l’utilisation de la pensée systémique, la résolution de problèmes, la flexibilité et l’adaptabilité, l’initiative et l’auto-direction, la communication claire, la pensée créative, et la collaboration.

Dans cet article, nous partageons les résultats préliminaires de quatre études de cas qui se concentrent sur (1) le processus d’implantation, en général, de nouveaux espaces riches en technologies et les apprentissages qui y émergent; (2) des liens avec les disciplines STIM, et plus particulièrement, les mathématiques; (3) la créativité et (4) le rôle de compétences dites « non techniques » (soft skills ou 21st century skills).

Nos premières observations de six labos créatifs menées en mai-juin 2016 nous ont permis de constater qu’ils offrent aux élèves un environnement hands-on, flexible, riche en technologies numériques (trousses de robotique, iPads, imprimantes 3-D, entre autres), varié en matériel de toute sorte, interdisciplinaire. Cet environnement engage les élèves dans diverses activités de conception et de création, selon leur choix et leur intérêt grâce à des pédagogies ouvertes qui mettent de l’emphase sur la réalisation de tâches complexes, proposant des défis de taille, permettant une évaluation souple, axée sur le processus, la valorisation des acquis, et qui vise une amélioration continue.

Ces approches pédagogiques semblent favoriser un apprentissage en contexte, basé sur l’intérêt, la résolution de problèmes, la réalisation de projets en lien avec la vie de tous les jours, qui permettent aux élèves d’apprendre à apprendre et à s’entreprendre, à travailler en collaboration avec les pairs, en plus de favoriser le partage, le développement de compétences non techniques, ainsi qu’une utilisation productive, efficace, réfléchie, responsable et éthique des outils numériques et des réseaux sociaux.

Le Plan de 10 ans en éducation (secteur francophone) vise l’amélioration des compétences en numératie, en sciences, en ingénierie et en technologie. Toujours du côté francophone, la PALC (Politique d’aménagement linguistique et culturel) insiste sur l’importance particulière de la numératie pour mieux comprendre le rôle essentiel des maths dans le quotidien des élèves et pour leur avenir. Une deuxième étude plus poussée conduite durant l’année scolaire 2016-2017 dans quatre écoles a permis de ressortir plusieurs liens entre les activités STIM réalisées dans les labos créatifs et les apprentissages en mathématiques (l’une des disciplines STIM). C’est ainsi que nous voyons le rôle important que le laboratoire créatif peut jouer comme endroit où les élèves peuvent faire usage d’une variété de matériaux afin de découvrir, d’inventer, d’explorer et de créer dans un environnement qui encourage la construction de leurs propres apprentissages (Rendina, 2015).

En analysant les vidéos montrant les élèves en train de faire leurs projets nous avons pu ressortir, entre autres, plusieurs concepts et procédures mathématiques qui font partie de contenus de tout programme d’études, soit la mesure (dimensions, unités), la comparaison de grandeurs, l’estimation, les proportions, les fractions, les opérations de base, la capacité de situer des objets dans un plan. De plus, les didacticiens de mathématiques apprécient particulièrement les éléments suivants qui ont également été observés : la stratégie PIE (Prédiction - Investigation – Explication) (Gauthier, 2014), la résolution de problèmes complexes (pendant une « longue » période de temps), la validation (souvent par le milieu), le raisonnement inductif et les relations logiques (LeBlanc et al, 2018).

Comme troisième étude (faite en 206-2017 dans l’un des quatre labos créatifs visités), nous nous sommes penchés sur l’émergence possible de la pensée créative qui est identifiée comme une compétence numérique de haut niveau (Habilo-Média, 2016). C’est ainsi que nous avons examiné l’impact du travail au labo créatif sur la pensée créative auprès de 20 élèves du secondaire (cours COOP, 10e à 12e année). En administrant un Test de la pensée créative de Torrance (1998), nous avons trouvé que les résultats du groupe expérimental sont significativement meilleurs que ceux du groupe contrôle. Cette étude présentée lors de la rencontre annuelle de l’AERA (American Educational Research Association), en 2018, a mis en évidence l’importance de développer des compétences du 21e siècle dans un contexte riche en technologie (labo créatif) (Léger et Freiman, 2018).

En poursuivant notre recherche dans le sens de l’étude de compétences du 21e siècle (non techniques), nous avons analysé 23 extraits de vidéos présentant le travail des élèves de quatre écoles (trois écoles intermédiaires et une école secondaire). Furlong et coll. (2018) ont ressorti que, de façon générale, des éléments de la pensée critique (Élève 1 : « on veut que ça dise un, un, un. Ça veut dire qu’on l’a pas mis à la bonne place »), la créativité (Élève 2 : « c’est pour réchauffer des guidons comme dessus ton vélo pour que mek l’hiver, tu ne pas avoir frostbite »), la collaboration, la communication et la résolution de problèmes (Élève 3 : « on a de la misère à le faire travailler.

On n’a pas encore réussi, mais on est vraiment proche ») sont développés dans les labos créatifs; tout comme précisé dans la recherche de Peppler et coll. (2015).

Au niveau des compétences techniques, l’utilisation des TIC pour organiser de l’information et accomplir une tâche semblent être présentes le plus souvent, car les élèves utilisent différents logiciels de programmation pour leurs projets.

* En collaboration avec Viktor Freiman, Michel Léger, Manon LeBlanc, Xavier Robichaud, Takam Djambong, Université de Moncton

Références

Brilliant Labs (2016). Maker Education. Repéré à https://www.brilliantlabs.ca/makerspaces

Furlong, C, Léger, M. et Freiman, V. (2018) Compétences numériques dans des environnements d'apprentissage riches en technologies. Congrès de l’ACFAS, Chicoutimi, Québec, 7 mai.

Gauthier, M. (2014). Perceptions des élèves du secondaire par rapport à la résolution de problèmes en algèbre à l’aide d’un logiciel dynamique et la stratégie Prédire – investiguer – expliquer. Éducation et francophonie, XLII(2), Repéré à http://www.acelf.ca/c/revue/sommaire.php?id=43#.Wl32VUxFyM8.

Habilo Média. (2016). Utiliser, comprendre et créer : Un cadre de littératie numérique pour les écoles canadiennes. Le Centre Canadien D’Éducation aux Médias et de Littératie Numérique: Ottawa.

LeBlanc, M., Freiman, V., Furlong, C. et Djambong, T. (2018). Trouver les maths dans les activités aux labos créatifs : pas une tâche facile pour les didacticiens? Actes du Colloque du Groupe de didactique des mathématiques du Québec 2017, Montréal, Qc.

Léger, M. T. & Freiman, V. (sous presse). Learning to be creative: A causal-comparative study of digital skill development in a technology-rich classroom. Proceedings of the American Educational research Association (AERA) annual meeting. New York, NY.

Peppler, K., Maltese, A., Keune, A., Chang, S. et Regalla, L. (2015). The maker ed open portfolio project: Survey of Makerspaces, Part II. Open Portfolios

Rendina, D. (2015). Defining makerspaces: What research says? Repéré à http://renovatedlearning.com/2015/04/02/defining-makerspaces-part-1/

Sheridan, K., Rosenfeld Halverson, E., Litts, B., Brahms, L, Jacobs-Priebe, L. et Owens, T. (2014) Learning in the Making: A Comparative Case Study of Three Makerspaces. Harvard Educational Review 84(4), 505-531.

#ViktorFreiman #MichelLéger #ManonLeBlanc #XavierRobichaud #TakamDjambong #UniversitédeMoncton

Featured Posts
Recent Posts
Archive
Search By Tags

T. 506-442-9059

  • Facebook - White Circle
  • Twitter - White Circle
  • LinkedIn - White Circle
  • Instagram - White Circle
  • YouTube - White Circle
  • Email Us